Je vous raconte quelques histoires ...

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A l'heure silencieuse

 
Avancer dans l’herbe humide
pieds nus
A cette heure nul insecte mal intentionné

La maisonnée dort encore

Chaque chambre a son parfum de nuit
son désordre également

J’hésite un instant
là-bas dans le fond du jardin
un espace de liberté

L’enfant grandi y perd son regard
l’adulte que je suis risque de s’y envoler

Le jardin
Les petits travaux du jardin
Ceux qui ennuient
Ceux qui ravissent

chauler les arbres fruitiers
imaginer un jardin nomade
nourrir les oiseaux
réparer les chiliennes
pour la sieste

Un volet s’ouvre

Le soleil se lève

Les petites cuillers sonnent
l’heure du petit déjeuner

Remettre à plus tard les travaux ennuyeux

Se consacrer au plaisir
découper des étoffes
respirer le bouquet de jonquilles
écouter trois notes de piano
regarder éclore les bourgeons

Un rouge gorge entre par les fenêtres
comme les hirondelles
revenues de l’hiver

 

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Décembre

 

Théo,

 

 

Aujourd’hui je prends la plume et l’encre pour vous joindre. Votre absence est difficile.

Vous vouliez une correspondance pour voyages imaginaires, telle était votre annonce sur le réseau social de la ville, et aujourd’hui nos échanges font poste restante.

 

« Tenez-vous à l’écart un moment ».

C’est votre dernier mail. Il y a un mois tout juste, un mois à peine, un mois de peine.

Vous cherchiez une voix également. Une voix pour lire. Pour lire nos échanges de courriels

[courrier-ailes].

Théo, depuis aucune nouvelle, aucun message téléphoné, aucune lettre non plus. Excusez-moi, je ne suis pas très maline lorsque je ne comprends pas ce qui se passe.


Avez-vous enfin trouvé cette femme qui puisse être ma voix ? La dernière, Marie, vous plaisez physiquement. Vous la ressentiez, rousse, douce, la peau claire, un parfum supportable comme vous écriviez cynique misanthrope, perspicace et patiente aux yeux de chat sauvage.  Mais une voix difficile … Comment aviez-vous écrit ? Un son d’ongle qui racle le fond d’une vieille casserole ? Ce n’était vraiment pas courtois.

 

Vos recherches sont-elles toujours infructueuses ?

Cette fille, autrichienne, androgyne, dont la culture vous séduit un temps pourquoi l’avoir remerciée ? Elle semblait presque convenir. Avez-vous au moins tenté de la recontacter ? Comment me répondrez-vous ? Sa voix approchait presque mes mots, mes expressions, le rythme de mon écriture ne l’essoufflait aucunement. C’est ce que vous écriviez. Elle est restée longtemps auprès de vous. Pour la lecture des journaux, pour les discussions philosophiques, pour rire de vos manies et déjeuner avec vous. Vous disiez qu’elle semblait attachée, sans commisération aucune. Peut-être à la lisière de la tendresse, trop proche ?

 

Théo !!!!

Si les mails pouvaient être en braille au moins il n’y aurait plus de souci …

J’ai laissé un message sur votre répondeur, vous suggérant de demander à votre gardienne de lire mon courrier – quel silence insupportable.

Parfois j’aperçois au fenestron de votre bureau un visage à l’air absent. Est-ce vous? Est-ce bien votre fenêtre ? Je pense que oui. Je reste parfois des heures entières assise sur le muret d’en face à lire sous votre regard absent. Je lis tout haut, pour vous, comme une vieille folle un peu jeune. L’automne approche, le muret est froid. Le soleil devient égoïste et garde de plus en plus le jour pour lui. Je ne pourrai pas continuer ainsi longtemps. Je ne vais tout de même pas monter, et frapper à votre porte ?

Pourquoi refuser toutes ces nouvelles technologies qui vous permettraient de correspondre avec l’extérieur plus facilement ? C’est agaçant, écrire sans réponse, dans le silence et l’isolement.

 

J’arrête ce courrier stupide. A bientôt peut-être, si vous en avez le désir.

 Sophie

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Janvier

 

Cher absent, je vous souhaite une heureuse année. Je vous souhaite également un peu de compagnie. Rester seul n’est bon pour personne.

 

A la bibliothèque centrale, vous m’avez apostrophée, Je venais de lire des contes pour de jeunes non-voyants. Vous aviez reconnu la voix entendue par hasard également, au musée des beaux-arts pour les mêmes enfants. Une voix posée, calme et souriante, une voix de grande sœur, déliée et prête au chahut comme vous dites. Nous avons convenu d’un rendez-vous, je suis venue et Vous m’avez demandé d’écrire un mail à … une amie inconnue, une femme à l’intense besoin d’écrire comme vous dites également. Quel orgueilleux vous êtes ! N’avez-vous pas besoin d’écrire ? VOUS ? n’avez-vous pas envie de faire le mur, pour sortir de votre personnage ? N’avez-vous pas envie de tout quitter et revenir en secret en enjambant les contingences ?

 

Ne comprenez-vous vraiment rien ? Vous avez besoin de connaître de loin et l’écriture vous permet cette rencontre. Mais vous êtes un homme fier.

 

J’ai donc écrit à votre place : « Chère amie, j’ai trouvé une voix pour vous, une voix souple et douce, au léger accent anglophone, une voix d’un autre âge, un rien sophistiqué et suranné » vous m’avez fait écrire comment vous ressentiez cette voix de femme ;  ma voix ; un timbre solitaire et sauvage, vous me décriviez et j’écrivais … quelle souffrance cette écriture, quelle souffrance dans votre voix … une voix d’abandon, une voix de refus, malgré tout attachante, un souffle d’air triste, une valse oubliée, triste, perdue loin des salles de bals. J’ai lu pour vous, j’ai préparé le thé, présenté les biscuits roses dont vous aimé tant la couleur que vous ne voyez pas. (Je peindrai les tables de mon jardin de la couleur de ces biscuits à champagne ! Et je boirai à votre santé, à vos yeux si beaux, si doux, et si absents …).

Avant de partir je tirais les rideaux, la luminosité vous gêne, tout comme mon regard. Vous jouiez parfois au piano, comme si j’étais déjà partie. Je restais assise dans l’escalier pour écouter la voix de vos doigts longs et légers, décidés et rebelles. Je regardais votre dos droit, la façon dont vous grimacez aux notes mal posées. J’ai senti votre parfum emplir la pièce en même temps que la musique. Vous étiez enfin vivant … misanthrope souriant.

 

Vous me faisiez croire à ma supercherie [super chérie]

 

Et vous venez d’y mettre fin. J’aurais partagé votre vie, discrète au point d’être oubliée, j’aurais préparé votre thé, refermé vos rideaux … Dans le dernier mail que vous m’adressiez, et vous seul, sans aide, vous me demandiez de ne plus écrire, car Sa voix avait maintenant pris Ma place et vous demandiez à « la voix » de ne plus lire ce que je vous adressais, ce que je répondais à vos courriers, puis vous lui avez demandé de partir.

 

Vous avez en quelque sorte refermé l’ordinateur sur mes doigts, et refermé vos oreilles à ma voix.

 

Je me suis suicidée ce matin : j’ai jeté l’ordinateur par la fenêtre. Quel bruit étrange à l’arrivée, comme un cri, comme un regret déjà. L’impossibilité de vous approcher sans violer votre espace m’est insupportable. Je ne correspondrais plus avec vous, je ne vous corresponds plus, je ne lirai plus non plus sur l’écran. Je vais reprendre mes allers retours à la bibliothèque. C’est d’ailleurs d’ici que je vous écris, de la bibliothèque centrale de cette ville normande déshabitée de vous, je détruirai cette adresse m@il (ce sera comme un fin de non-recevoir, un non accusé de réception, un retour à l’envoyeur) pour que vous ne puissiez plus jamais m’y faire parvenir vos mots parfois trop gentils, votre proximité deux fois vécue ; vous m’écriviez par mes doigts et je vous lisais le soir chez moi.

 

J’ai trouvé un emploi de lectrice dans une association pour des soirées à thèmes. Ma voix au moins servira encore à quelque chose.

 

La lecture m’est venue par la voix des autres comme beaucoup d’entre nous. Les parents, les cousins, les amis pour le plaisir. L’école n’a pas eu raison de moi – l’imagination est venue, l’imagination est restée. C’était ma récompense … J’ai buté sur les mots, mes cordes vocales étaient des cordes à nœuds et il fallait que j’y grimpe. Je me laissais guidée par les textes, voyageais sans papiers si ce n’est celui des ouvrages, sans frontières, sans horaires jusqu’à ce qu’un jour un homme me dise la douceur de ma voix et me fasse lire juste pour lui. Sa bibliothèque familiale était vaste. C’était le début d’une longue aventure en terre « astrale » à des années lumières du reste.

 

[Il ne savait pas lire]

 

Il est également question d’enregistrer des textes pour malvoyants. Peut-être un jour lirez-vous par hasard un livre par ma voix - ce sera la surprise. Car si je lis ce ne sera que pour vous désormais rien que pour vous et uniquement pour vous – c’est là mon second suicide (un seul suffirait pourtant) pour rester encore un peu en vie pour vous retrouver lorsque vous écouterez, lorsque vous m’écouterez enfin !

 

Et que le diable dévore vos petits gâteaux rose, ouvre grands vos fenêtres et fasse entrer le jour dans votre vie jusqu’à la migraine, qu’il vous fasse regretter vos attitudes de héron cultivé.

 

La mia vocce traversera votre rempart …

 

 

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Les bols                             (Une histoire vraie)

 

C’est dimanche

C’était dimanche.

 

Depuis dimanche je me rends compte que je parle toute seule ou que je parle avec l’absent.

Le fils absent.  Celui qui n’est pas loin.

En tous cas pas loin pour celles dont le fils est de l’autre côté d’une mer.

Celui qui est trop loin pour moi.  Celui qui est là d’où je suis empêchée de le regarder le matin passer la tête par l’entrebâillement de la porte de la cuisine, se rendre aux toilettes, revenir dans la cuisine, avec son air souriant et mal réveillé. Aller à l’évier y passer les mains sous l’eau, chercher le lait, dire deux ou trois mots.

Celui que je ne vois pas se servir de lait dans un grand bol. Ce bol même dans le quel par inadvertance, enfant il avait mis les deux coudes pour mettre ses mains sous son menton.

Blanc du lait dans le blanc du bol.

 

C’est lundi

Je regarde le paysage en haut de la route. Il fait doux. Le soleil se lève, mon cœur se sert. Et je ne vois pas pourquoi retenir cette impression.

Ce matin j’ai regardé la peluche restée sur le lit.

 

C’est mardi, le brouillard coupe l’idée de paysage en trois. Au-dessus le ciel est rose orangé, avec le clocher d’une église qui se découpe en noir à contrejour. Une partie cotonneuse et douce, fraiche et éphémère. En dessous, les feux arrière des autos, le bas d’un camion et les balles de foin qu’il transporte. De son côté le soleil se lève sur la ville, les bruits de l’usine de bière, les camions qui y entrent pour prendre sous leurs bâches les fûts argentés.

 

C’est mercredi il fait gris.

La pluie a reverdi l’herbe du jardin.

J’ai parlé à la peluche comme il faisait enfant. De l’autre côté de l’oreiller une autre peluche.

Peu m’importe les mauvaises nouvelles j’attends juste les siennes comme toutes les mères en attente. Je regarderai le soleil passer dans les feuilles des bouleaux. J’écouterai les oiseaux dans les arbres en attente d’automne.

 

C’est jeudi.

J’aime l’automne pour les couleurs, pour les greniers garnis, pour les récoltes, pour les prunes, le raisin et les poires. Pour les citrouilles et les marrons et le parfum de cannelle des vins chauds.

Je n’aime pas l’automne, les hirondelles repartent, les parents retournent travailler et les enfants en classe. Je n’ai jamais aimé l’école. Un déchirement, la séparation d’avec la nature, le bruit des chaises, l’odeur des couloirs et du papier.  Les départs plus ou moins irrémédiables.

Ce matin le ciel était comme deux arcs en ciels qui se répondaient à l’inverse et le soleil au milieu tel un bonbon acidulé.

 

Il y a quelques années, je prenais le thé sous le noyer le soir et voyais où son frère regardait, en pensant que chaque soir lorsque nous étions ensemble à parler, chaque soir son regard fuyait lointain entre ses cils dans l’ombre des arbres, à contre-jour avec les globes blancs des pissenlits. J’ai longtemps parcouru le jardin en pensant à ce fils parti dans les paysages escarpés des montagnes.

Il revient parfois par le haut du village et je souris.

 

C’est difficile.

Il reste un fils, le plus jeune, celui qui part déjà régulièrement en semaine. J’absente mes pensées en attendant les retours.

Et le bruit de leurs pas si rapide en enfance, plus absent en adolescence devient silencieux l’âge adulte venu. Je reste à attendre.

 

Sommes-nous toutes mères de marins ?

 

Mais j’aime cette attente parce qu’elle annonce le retour des rires, des discussions, des bruits, des parfums de chacun et des petits mystères de tous. Et j’accepte maintenant ces départs, cette petite souffrance presqu’agréable comme un gros rhume qui nous couche dans le confort d’un lit … en attente du meilleur.

 

Sur la table demeurent leurs bols et le lait.

 

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Le Rockingchair

 

Enfin !

 

Pour tout dire, depuis que je suis enfant je grimpe aux arbres. 

 

L'if dans le jardin de notre grand'mère. Tortueux, un peu râpeux avec ces curieuses boules rose vif qui cachaient une graine en leur sein. Elles me faisaient penser aux olives avec une amande dedans, la couleur en plus.

Dans cet arbre je montais les matins d'été pour regarder notre gynécée maternel fait de tant de femmes ; mère, tantes et grand’mère, vaquer à leurs occupations maternelles, je les écoutais chanter et rire, papoter ... c'était toujours gai comme la fantaisie des femmes. 

Notre père et nos oncles s'occupaient alors au potager. 

 

Le marronnier. A son pied, notre havre de paix; une cabane en bois toute de guingois. Conciliabules et chansons, confidences et secrets, peines et fous rire y avaient cours. Mais c'est au-dessus de la cabane que je passais le temps des siestes, à regarder le village ;

D'abord la route qui s'effaçait plus loin dans le miroitement de chaleur, l'étang aux têtards, le jardin desséché de la vieille sorcière d'à côté, celle qui parlait aux poules.

Vers le sud  la petite rivière plus loin entre les peupliers, la maison de la femme solitaire, si gentille avec les saisonniers ; à moitié nue, elle les regardait passer comme en transparence, souriant dans son monde de dentelle et d’ennui. Dans son monde de silence.

 

 

Comme l’écureuil

cacher des mots dans l’arbre

et les oublier

 

 

En haut du marronnier, j'ai lu autant que je pouvais. Les feuilles y jouaient avec les mots, les éclairaient, faisaient danser les phrases. Il apparaissait des tâches sur le papier granuleux des pages, j'y voyais une cartographie inconnue mais toute autant  familière, et rassurante ; des îles entre les paragraphes. Il suffisait de fermer le livre pour qu'elles y demeurent  prisonnières. L’incertitude y régnait ;  retrouverai-je les mêmes terres le lendemain si la lumière n'était pas exacte au rendez-vous ?

 J’aimais fermer les yeux parfois assise dans le grand marronnier. Le soleil passait au travers de mes paupières closes. Je voyais des étoiles en plein jour. Des étoiles de couleurs qui bougeaient doucement, des paillettes comme une poussière d’or dans un kaléidoscope. J’ouvrais les yeux, elles disparaissaient. Mais je les savais là, dans le ciel bleu au-dessus de moi. Il me fallait patienter jusqu’à la nuit. Il fallait redescendre, poser le livre et rejoindre le monde.

 

Enfin !

 

Pour tout dire, depuis que je suis enfant je suis au jardin.

Un peu comme sur les étiquettes que l’on attribue aux jardiniers bucoliques et champêtres, je suis au jardin. En classe comme ailleurs …

 

Il y avait le jardin. Celui dont je rêve depuis.

Un paradis de parfums et couleurs, de textures et de goûts. Un espace partagé avec le vieil homme qui aidait ma grand-mère. Chacun sa part. L’été c’était le temps des confitures,  des doigts collants de sucre, des mains roses de fraises chapardées ou bleues des mûres dénichées dans les haies.

Le temps des confitures était aussi celui des vrombissements ; celui des guêpes. Taille fine et fins diverses : noyées dans les pièges à guêpes en verre, cuites entre les rideaux et les fenêtres du grenier dans lequel nous dormions, écrasées sous un talon rageur de peur. Celui des abeilles respectées, duveteuses parfois ivres et lourdes de pollen ; le temps des mouches, agaçantes ou parfois bêtement collées au ruban jaune et cireux qui pendait à l’entrée. C’était encore celui des moustiques … le plus petit qui empêche le plus grand de dormir, celui invisible et absent, que l’on écrase d’un geste large sur l’épaule du cousin lorsqu’il boit.

 

 

Deux libellules

en équilibre amoureux

sens dessus-dessous

 

 

Le potager aux salades chaudes et arrondies, que nous cueillions au moment des repas, le parfum de la menthe froissée au passage, le velours gris de la sauge au soleil, le jaune des fleurs de courgettes, les tomates qui grimpaient à côté des haricots ... Je les revois encore. J’en rêve dans mon exil au pays des adultes.

 

C’était aussi le moment  des conserves mais aussi des épluchages.

Nous rechignions parfois à aider mais l’odeur des petits pois quand le pouce entamait leur cosse verte et croquante, cette odeur de soleil et de liberté nous appelait. Et puis le bruit mât des petits pois qui rebondissent, leur roulis dans le fond du saladier de terre, leur couleur généreuse … finalement quel délice …

 

Le jardin, zoo de campagne où l’animal en liberté doit tout de même se faire précis et rapide : le loir qui grignotait les pommes, le hérisson gourmand noctambule qui dévorait les fraises, les oiseaux si légers frêles et querelleurs, les insectes que nous prenions dans les filets à papillons, les araignées aux pattes poilues qui nous faisaient penser aux jambes des vieilles à fichu … les escargots qui laissaient sur les murs, leurs traces en pointillés brillants.

Je rêvais que cet éden parfois cruel pouvait survivre au temps.

 

 

Enfin !

 

Pour tout dire, depuis que je suis enfant je dors au jardin.

Depuis que je suis adulte également. Non pas que je dorme dehors, encore que …

La nuit je regarde, l’heure avançant … l’ombre de la croisée des fenêtres se déplacer sur le plancher … longer le divan et venir jusqu'à la porte de la chambre, je regarde les étoiles et la lune ; l’alignement des Rois, la Grande Ourse ou Cassiopée et Vénus qui parfois s’attarde au matin comme une bonne fée près du berceau de la lune.

 

 

Souci du matin

il gèle dans le jardin

beau ciel étoilé

 

 

Certains soirs, à la brune, je retrouve un souvenir d’enfant, d’un autre enfant que moi.

C’est  par là qu’il passait. Tous  les soirs un pas, un regard, une inspiration.

Je le regardais dans le fond du jardin, là  précisément où il n’y a ni haie, ni clôture.  Il se tient les jambes un peu écartées, en appui, sous le grand noyer.  Les bras croisés, et le regard lointain.

Comme je m’approchais de lui, il me regardait à peine, du bout des cils. Il regardait au loin derrière ses paupières closes. Loin. Plus loin que chez le vieux Thomas. Un peu plus chaque soir il se glissait dans l’herbe, à l’arrivée des ombres, dans les derniers  rayons de la journée, dans cet air de liberté qui y flotte toujours. Nous regardions les silhouettes des éphémères, et les globes transparents des fleurs de pissenlit. Nous regardions …  Il disparaissait un peu plus chaque soir dans la respiration du crépuscule, sur les ailes des insectes à contre-jour. Je le retrouvais endormi au matin, dans ses draps parfumés d’herbe fraîche.

Du lit je peux voir les fleurs du noyer, si proches, comme autant de chenilles étranges et brunes, puis les feuilles luisantes et odorantes. Du lit, par la petite fenêtre basse, je peux voir les vaches près de la rivière. C’est comme un retour au marronnier … j’ouvre les volets, j’écoute le bruissement du vent dans les cerisiers, dans les feuilles des bouleaux … de mon lit j’entends la pluie dévaler la gouttière.

 

 

Un héron passe

dans le ciel de la soirée

Il croise Vénus

 

 

Enfin ! depuis que je suis petite je suis dans le silence du jardin.

Non pas que je sois muette, loin de là, mais notre famille a toujours écouté le silence.

Parfois au déjeuner nous ouvrions les portes de la salle à manger pour écouter ce silence empli de tant de nature. Pour moi il commençait déjà en l’absence de voix familières. J’aimais revenir de la petite rivière en tenant la main d’un adulte, sans parler. Lorsque nous revenions pour nous mettre à table, j’aimais entendre le tintement de la vaisselle lorsque dans les maisons les enfants se pressaient pour dresser le couvert,  dans un méli-mélo de voix criantes.  J’aimais comme les conversations incompréhensibles succédaient aux jurons, pour s’étendre aux cliquetis des fourchettes et couteaux des maisons de solitudes.

Ce silence portait avec lui les parfums de cuisine. Ici des sucreries, plus loin le rôti et chez ma grand-mère les grands plats de légumes parfumés de ses voyages passés. Elle prélevait le matin dans le calme encore frais ce qui allait nous régaler.

Parfois, pour un moment secret je la suivais sur la pointe de mes pieds nus … je l’observais …

 

Jazz au jardin

« Petite fleur » de Bechet

à l’ombre des bouleaux

 

 

Petite et toute ronde avec ses longs cheveux en chignon remontés, elle avait l’air d’une reine, altière, fière et pourtant si heureuse de régner sur le végétal. Elle s’excuser doucement de prélever une salade, quelques groseilles, une fleur de capucine pour la couleur sur la table. Tous les repas commençaient dans ce silence jardinier. Elle murmurait une chanson, regardait vers le ciel, respirait profondément ce calme puis s’asseyait sur le grand fauteuil de tilleul, les pieds croisés sur le barreau qu’ils avaient usé le temps passant.

Dans ce silence tout poussait, tout vivait, même pendant nos nuits.

L’éclatement du printemps profitait de la nuit, de notre sommeil, de ce silence forcené fait de tous les sons de la vie ; naissances, cruauté, épanouissement et mort.

L’éclatement des couleurs se faisait en silence … celui des piaillements d’oiseaux, vrombissements d’insectes, craquement des bois morts, glouglou de l’eau, chamailleries d’enfants et lecture à voix basse.

 

Ciel rosé ce soir

         De la marre aux alytes          

monte un chant fluté

 

 

Et puis … Les hirondelles.

Les hirondelles reviennent au-dessus du jardin comme dans mon présent passé. Il me souvient d’un soir de fête où deux jeunes oiseaux étaient là, sur la tringle des rideaux, légers et immobiles. Cette nuit je dormis dans la chambre parentale et le lendemain au petit jour  me glissai dans mon lit. Dans la chambre jaune soleil, ne restait qu’une plume légère.

Je gardais au cœur tous ces morceaux de jardin comme un puzzle imaginant retrouver ces sensations de vie, ces jeux de lumières, ces parfums de saisons comme des éclats de trésors. Persuadée que reviendraient ces joies intenses de lecture, d’absence.

J’ai découpé dans des journaux tant d’images de campagne que je pourrais en tapisser les murs de la maison. J’ai peint tant et tant de coquelicots et d’amour en cage que je pourrais en parsemer des champs entiers, en planter au bas de tant de murs de pierre, en semer derrière les palissades …

 

Dans la boîte en bois

quelques souvenirs patients

Des découpages

 

 

Et puis vint le jour du nain de jardin. Je ne l’avais pas vu venir celui-là, cet inconnu. Je n’aime guère les inconnus. J’aime leur présence tant qu’ils restent au portillon dans l’air léger du carillon accroché au prunier. Les observer de derrière les persiennes, regarder la façon dont ils se tiennent le temps de leur attente. J’aime pouvoir les approcher seulement lorsqu’ils sont las, au moment où ils vont retirer leurs mains du portillon, reprendre leur sourire, cesser de poser leur regard  sur tout ce qui ne les regarde guère.

Mais lui, si petit, je ne l’ai pas vu. Même pas la pointe de son bonnet. Comme un cadeau il était là. A sourire bêtement, immobile, docile, têtu. Capuchon rouge, gilet mauve, pantalon gris, sabots de bois, la bêche à la main. Pas vraiment plus haut que les tiges de choux de Bruxelles. Sans un geste, sans une once d’émotion ; le sourire figé. Vraiment têtu le petit bonhomme.

 

Statue de pierre

impassible sous la pluie

Double de ma vie

 

 

Enfin !

J’ai dû toujours rêver dans un jardin, toujours rêver d’un jardin si petit qu’il tiendrait dans ma main.

Ce nain de jardin serait-il un messager, un rêve, un signe avant-coureur ?

Il me suit partout. Je m’assieds, il est là. Je cuisine, il est là, je me douche, il n’est pas loin. Là tout de même je ne suis pas d’accord. Qu’il soit présent partout j’y trouve grand plaisir. Ma solitude prends une autre tournure, mais qu’il vienne dans la salle d’eau, m’est à peine supportable.

 

Je l’imagine dans le potager, il ressemble à un souvenir.

Parfois j’en rêve la nuit comme je rêvais d’un jardin.

Il devient une obsession.

Serait-il un double de moi ?

L’âme sœur, l’autre, le lien visible entre mes pensées et la réalité ?

Serait-il le futur de mon enfance ? 

Moi, en devenir et plus je grandirais plus je rapetisserais ?

Sa petite taille serait-elle en concurrence avec mon ignorance ?

Son sourire serait-il l'exact reflet de mon malaise parfois … présent sans autre raison que celle d’être ?

Et son accoutrement ! J’aime les couleurs certes, mais jardiner déguisé !

Et la taille de sa bêche ! Même pas celle d’une cuiller à thé… non vraiment ce n’est pas sérieux.

Et pourtant  depuis qu’il m’est apparu ma maison ressemble à une bibliothèque comme si son savoir pouvait remplir l’étendue de mon silence. Depuis qu’il est apparu, mon rêve de jardin devient réalité. Tout semble plus simple. De la simplicité des tableaux naïfs et colorés.

De la simplicité de ce qui semble naïf.

Un tout immense, un espace libre, une possibilité extraordinaire, comme une ivresse d’herbe. Regarder dehors n’est plus triste, même sous la pluie d’automne, lorsque les jours se font courts. Je partage avec lui cette folie de transformation, de transgression. Imaginer n’est plus tabou. Il ne nous manque que la neige parfois. Il faudra que nous y pensions.

Je fais des listes des travaux à faire dans mon terrain avec et pour le nain au bonnet rouge ;

Il faudra :

 

 

Des anémones du japon

un cognassier d’on ne sait quel pays

quelques pivoines d’un rouge profond

un peu de  terre pour les radis -

 

Des fraises des bois pour le dessert

une vasque d’eau pour les oiseaux

dessous un arbre un brin Prévert

quelqu’autres graines. Il fera beau -

 

Une maison pour mésanges bleues

Une brouette qui grince

une bassine pour la toilette

un arrosoir pour la fraîcheur -

 

Une cachette pour le hérisson

un tas de bois pour faire joli

des treilles de vigne coquette

et tant de choses douces au cœur -

 

[Tu aimerais ton chevalet planté au creux du calme

et moi le hamac suspendu pour une sieste chaude -

tu aimerais la musique et les mots

et moi le silence des fleurs qui se fanent]

 

Il faudra retirer les cailloux

planter quelques semis

accrocher les rosiers trop fous

enfiler un lainage et regarder la nuit.

 

Les hirondelles repartiront

les chauves-souris seront rentrées

après l’odeur des champignons

l’hiver cheminera discret

 

 

La vie a pris un autre chemin

Enfin !

La vie a pris un autre chemin

Depuis que je suis née je reviens du jardin en rêve.

Celui tout petit, jardin de mots lu par mon père au creux du fauteuil le soir. La lecture au dehors pour prolonger la connivence. J’ai appris à lire au son de sa voix, je regardais son index me montrer le chemin, j’écoutais, puis sur la première branche de l’if je le mimais, mais j’ânonnais les mots, comme on grimpe à une corde à nœuds, nœud à nœud, mot à mot.

Depuis le nain, je respire les noms latins des fleurs comme je me promènerais dans un herbier ancien. Je cultive les légumes racines dont les saveurs perdues ravivent mes festins solitaires.

Depuis lui et son gilet mauve c’est comme une renaissance. Je parviens enfin à ce premier cri retenu, cet étonnement, le cri de vie, l’instinct d’être.

Au village on me dit « perchée » … ils ne savent pas si bien dire. Depuis que j’ai accroché un rocking-chair entre les peupliers, je vois souvent la neige tomber légère sur le bonnet rouge de mon ami. J’escalade les degrés de l’échelle et me balance et la neige apparait.

Saurai-je un jour qui m’a offert ce jardin de rêve et la compagnie du nain ? Saurai-je un jour remercier ? Hiver comme été il suffit que je retourne la boule à neige et mon ami tient sa bêche sous des milliers de flocons brillants

 

 

Belle matinée

La douceur tombe en flocons

le calme avec

 

Enfin !

Depuis que je suis petite, je retourne les boules à neige en rêvant …

 

Cette histoire est déposée sur les site de Short.edition.com sous le pseudo Léna Bernacez.

Les droits sont réservés à Short-edition.com

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Une si petite maison ...

Comment je suis arrivée ici, surtout je ne veux plus savoir.

C’est une toute, toute petite maison – plus petite que celles des contes de fée. Juste une pièce assez grande pour dormir avec une jolie fenêtre en vitraux. Il manquait d’ailleurs un morceau que j’ai pu remplacer en traînant au long des trottoirs. C’était un morceau de ciel bleu roi. Celui que j’ai trouvé était un peu trop grand alors j’ai dû le limer avec ce que j’avais sous la main, un morceau de pierre. Vous connaissez peut-être mon penchant pour les temps préhistoriques, en vieillissant cela ne s’arrange pas. J’ai l’espoir de passer pour une vieille folle quand je serai une dame âgée. Le genre de femme que l’on aime bien rencontrer, on lui fourgue un petit gâteau au chocolat, une tasse de thé avec une soucoupe et l’affaire est faite. On lui parle un moment, et en vous racontant sa vie elle vous fait un petit coup de psychanalyse à la bonne franquette, ça évite de débourser des sous pour un psy à la... vous savez quoi...

J’en étais donc à ma petite vie tranquille, comme celle que l’on devrait avoir à la limite de la sagesse. Je vis très entourée de silence, vous savez, celui qu’on écoute en se disant « tu entends ce silence ! », il y a également le silence pesant parfois, surtout en fin de semaine, le silence que l’on voudrait bien ne pas entendre...
Je me lève avec le jour et fais un brin de toilette dans les endroits publics, faute d’argent. Mais ça va plutôt bien ; une épouvantable pharmacienne écoule chez moi son stock de savons en tous genres :
- Ceux pour les enfants dans lesquels on trouve une figurine de lion qui n’a rien à voir avec le savon – Remarquez, ceux-là me permettent de faire un cadeau à un gamin qui passe par là en échange de son goûter. Tant que les mères ne le savent pas, y a rien à craindre.
- Ceux pour peaux fragiles, ceux pour peaux ridées, mais pour ceux-là, elle est moins généreuse Madame Bonconseil, ils doivent lui revenir plus cher alors elle les garde pour elle.

Pour déjeuner j’ai trouvé un filon, un pauv’type un peu comme moi, mais qui ne parle pas, en tous cas ne me parle pas. Il vient avec son casse-croûte, le partage avec moi. Peut-être qu’il a une maison plus grande, lui, parce qu’il vient avec une thermos de vin chaud.
Je n’ai gardé de ma vie antérieure que bien peu de choses. J’ai juste une casserole d’une dernière guerre et une petite bonbonne de gaz (j’aime bien ce mot bonbonne, comme bonbon au féminin). Ça réchauffe ce que je trouve, ça donne de la lumière quand tout le monde a déserté mon coin... Mais ça ne donne pas vraiment chaud la nuit.
La Nuit. Vous ne savez ce que c’est La Nuit. C’est énorme, magique et terrifiant. Quand le savon antirides a mieux marché que d’habitude, je vais vendre ce qui me reste d’anciens charmes à plus pauvre que moi. La misère, vous ne savez peut-être pas ce que c’est que la misère. C’est pire encore quand on a eu une jolie vie, enfin, ce qu’on croyait être une jolie vie. C’est certainement ce que j’ai dû avoir. Mais j’en ai peu de souvenirs. Peut-être une nuit retrouverais-je mon danseur, un bel homme, sans scrupule. Enfin c’est presqu’un rêve. Je ne suis pas certaine qu’il ait été danseur. C’était du temps des caves quand je passais mes moments noctambules à danser au quartier latin. Une autre nuit peut-être retrouverai-je mon pianiste, mystérieux, beau comme j’aime et si tendre.
J’ai imaginé, une nuit dans ma toute-toute petite maison, que je pouvais partir à pieds vers les îles odorantes et ensoleillées... Mais vous avez vu mes pieds ? Cendrillon en aurait froid dans le dos. Ils sont énormes et purulents, ils sont nauséabonds, et passent à travers mes chaussons. Ce n’est pas que je me promène en chaussons chez moi, c’est qu’un passant me les a donné au printemps dernier (j’étais nu-pieds). Alors je les lave en-même temps que moi le matin. Le plus difficile à nettoyer, croyez-moi, c’est la honte. La honte de m’être donnée à un inconnu pour ne pas avoir froid la nuit, pour une place dans un sac de couchage et de devoir rentrer au matin salie d’une odeur inconnue, dormir derrière ma fenêtre de vitraux, la honte d’avoir mimé l’amour qui peut être si beau, la honte d’avoir eu peur d’être battue, bafouée une fois encore. Dans mon silence, j’ai parfois très mal.
Quelques chats me tiennent compagnie. Quand je fais mon jardin de pots, ils rôdent autour de moi et déposent parfois des oignons devant chez moi en guise de souris-cadeaux. Pendant un temps une mère et ses enfants venaient me rendre visite à l’heure du goûter. Ce n’était pas une femme comme les autres. Peut-être une qui finira comme moi, ou « petite sœur des pauvres ». Une, que certaines autres fréquentant les églises qualifieraient de fêlée. Mais comme disait Audiard le cinéaste, « Bien heureux les fêlés parce qu’ils laissent passer la lumière » et celle-là, je vous assure elle l’a laisse passer la lumière et ses enfants également.
Quand elle arrivait après l’école, elle s’asseyait sur un banc avec ses moufflets, leur demandait comment s’était passé leur journée et leur distribuait du pain et du chocolat. L’un d’entre eux était venu me demander ce que je faisais par ici, où j’habitais, si j’avais des garçons comme eux ou des petits enfants comme eux pour leur grand-mère. Bien élevés les gamins, parfois ils me remplissaient des arrosoirs, mais pas trop pour que je puisse les porter. Leur mère avait un sourire triste et une douceur désabusée dans le regard. Sans doute une femme de souffrance. Une femme de malheur. Pour venir ici, il fallait vraiment qu’elle soit respectueuse des choses et des gens. Elle devait enseigner le respect à ses fils, celui de la nature et celui des êtres. Elle leur montrait les fleurs du printemps, les nichées d’oiseaux, les quelques lapins qui traversaient les taillis et les coquelicots entre les pavés, et les traces dans la neige l’hiver venu.
Au début je me suis méfiée d’elle et de ses enfants. Et puis le petit qui venait me voir avait si peu d’a priori que je me suis laissée approchée, conquérir, offrir des douceurs tant pour le gout, que pour l’esprit. Je n’ai pas d’enfants, je n’ai plus d’enfants. J’ai tous les enfants. Tous ceux qui m’approchent sont un peu les miens. Si ma maison était plus grande que toute, toute petite, je pourrais...
Il en passait un pendant un moment... avec un cartable à roulettes. Il est venu tout un automne et cheminait dans les tas de feuilles pour faire râler l’homme qui l’accompagnait. (Encore un qui avait oublié qu’il avait été un enfant). Le petit bonhomme passait sans scrupule dans les amoncellements de feuilles mortes, en entraînant dans son sillage. Il n’allait pas bien loin, mais pour lui c’était une grande distance. Après avoir compté ses pas il soulevait son cartable, déposait son tas de feuilles odorantes et retournait pour recommencer son manège un peu plus loin. Celui-là était vraiment comique. Il aurait très bien pu être un de ces fils à elle, ça ne les auraient sans doute pas dérangés.

Elle laissait des livres sur le banc quand elle les avait terminés. Le Clézio surtout. Ah quel bel homme ! Quel écrivain ! Quelle écriture ! J’ai tant pleuré les premières fois. Et pourtant j’avais déjà tellement pleuré. J’ai tant pleuré de bonheur... J’y trouvais des mots, des sentiments, des paysages et sensations que je pensais miens. Un peu comme s’il avait deviné que tout cela, ses romans, ses nouvelles me toucheraient ; et ses essais et ses pays découverts, ses peuplades, ses regards... Et elle, un peu comme si elle savait que nous pourrions avoir ces écrits en commun. Un de mes rêves ? Celui de rencontrer ce monsieur J-M-G Le Clezio. Depuis toujours je me demande qui est J et qui est G pour que J aime G à ce point !
Dans ma maison je ne peux rien accrocher aux murs, les livres sont parterre. Je ne suis pas vraiment chez moi. Je suis un peu chez chacun de nous, je suis dans l’arbre généalogique de tous, je loge sur une branche de cet arbre ancestral d’une famille inconnue. Nous sommes tous d’un arbre plus ou moins séculaire. Cette femme n’en veut pas, elle ne veut pas connaitre le sien parce qu’une partie en est tronquée. Comme une branche cassée par la tempête. Mais revenons à J-M-G Le Clezio. Je lui écrirais bien si je pouvais. Mais je suis sans papiers, sans encre et sans papier, sans ancre et sans carte d’identité. Et puis il habite si loin, il faudrait tant de timbres, et si je lui écris ce serait pour qu’il me réponde, en aurait-il le temps ? Pour quelle raison me répondrait-il d’ailleurs... Le vrai souci c’est l’adresse pour le retour : Mme X – cimetière de la ville Y – caveau de la famille Z.
Non ce ne serait pas sérieux. Je ne veux pas qu’il sache que j’habite un caveau de famille parce que je ne peux plus vivre ailleurs, même si mes fenêtres sont en vitraux classés monuments historiques bien avant mon arrivée. J’ai peu d’espace, mais j’ai cet espace. Le facteur ne passe pas par ici.

Seulement cette femme et ses trois enfants – c’est là notre secret.

 

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